Z………, l’Algérien honteux

J’ai une certaine affection pour ce qu’écrit Malika Salaün.. Elle peut sortir des analyses sur un film, l’histoire d’un quartier de Toulouse, ou tout autre chose,l’air de rien et puis c’est du local.. (J’espère toujours qu’un jour localement ce genre d’intelligence se combine avec d’autres et que cela produise des choses ici et pas toujours qu’à Paris…) Ensuite ça fouille loin.. c’est tout à fait discutable aussi, bref il y a de la matière 🙂

 

Si on doit parler de racisme et de nom, Zemmour n’est pas la première chose qui devrait venir en tête. Zemmour n’a pas le pouvoir d’influer sur nos identités, l’administration française l’a, la plus abrutie des fonctionnaires de mairie l’a.

Si on doit parler de racisme et de nom, on doit se souvenir de toutes les victimes de la suprématie blanche dont le nom, quel qu’était sa forme, a été effacé et remplacé par un nom européen, que ce soit par violence hier ou par séduction aujourd’hui. Une jeune Jamaïcaine écrivait, récemment, la rage qu’elle ressentait chaque fois qu’on lui demandait si elle venait d’Ecosse, tout ça parce que l’esclavagiste qui avait la propriété de ses ancêtres était un colon écossais. Et son nom lui rappelle ça chaque jour. Et elle ne peut pas y reprendre le nom de ses ancêtres car elle ne sait ni quel nom c’était, ni d’où ce nom viendrait. Voilà jusqu’où nous affecte le colonialisme.

Ou bien les cas où ce nom a été, sans l’accord de la personne, « francisé », simplifié ou remplacé par un nom ridicule.

En manipulant les identités indigènes sans scrupules, le système raciste rappelle son droit de propriété sur nous. Hier et aujourd’hui.

Si Zemmour avait critiqué le choix de nom de mes parents, j’aurais été partagée entre :

– Le rire, que cet assimilé croie que je serais affectée par son opinion.

– La pitié, devant les ravages du racisme sur cet homme.

La façon dont ce débat a été posée a fait gagner non pas Hapsatou Sy mais la France : ces deux indigènes n’ont pas arrêté de lui déclarer leur amour depuis cet incident. Et ça fait de la peine, parce que cet amour ne va que dans un sens et ils n’ont pas l’air de s’en rendre compte.

Si on place le débat sur le terrain de nos actions possibles, on peut dire qu’on est à un moment critique. Notre ascension sociale s’accompagne d’une perte de repères inquiétante. On est complètement ensorcelés par l’idéal occidental. A chaque génération il y a davantage d’indigènes aux noms européens, aux noms ambigüs ou aux noms exotiques qui viennent de nulle part ou, pire, d’indigènes qui simplifient eux-mêmes eux-mêmes leur nom. On est devenus autonomes, il n’est plus nécessaire de nous forcer à abandonner le nom de notre lignée, de nos aïeux, on s’en charge nous-mêmes. Si on rassemblait tous nos ancêtres vivant aux début du 20ème siècle, toutes cultures confondues, et qu’on leur présentait les kylian, anakin ou autres, ils n’y retrouveraient pas les leurs. La violence n’est pas dans la façon de procéder, brutale hier, douce aujourd’hui : c’est l’assimilation la violence. Ce que ces garçons Lakota ont subi de force au XXème siècle, on le fait de notre propre initiative aujourd’hui.

C’est le bon moment pour rendre hommage à tous les parents qui ont forgé des guerriers, en ne cédant rien sur la question du nom. Faire respecter son nom, chaque jour, rappelle qu’on est toujours dans une société raciste et permet d’apprendre à se faire respecter. Ces parents sont méprisés par la société française, pour leur choix soi-disant rétrograde, en vérité ils sont héroïques, les parents des Zouheir, Abdelhamid, Trung ou Zakariyae.

C’est aussi l’occasion de rappeler que le système occidental d’étiquetage des humains ne doit pas représenter les limites dans lesquelles nous pensons notre identité. Il y a(vait) autant de façons de nommer que de peuples. Si par aliénation ou contrainte, vos parents ont cédé, rien, absolument rien, ne vous empêche de reprendre le nom de vos aînés, pour réparer ce qui a été démoli, directement ou indirectement, par le colonialisme. L’identité et l’état-civil de l’Etat français, ce sont deux choses différentes.

Et respect aux indigènes qui se mêlent de la façon dont on nomme l’un des leurs : vous êtes parfaits.

Malika Salaün

 

 

À partir de l’adresse <https://www.facebook.com/malika.salaun/posts/2123916371158543?__tn__=K-RH-R>

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